LA BOURSE – GRANDES ET PETITES HISTOIRES


LA BOURSE – SOMMAIRE

1 – Petite Histoire de la Bourse Française

  • Les Origines du Mot Bourse
  • L’Affaire de la Compagnie d’Occident
  • La Banqueroute de LAW
  • 1724 : Création Officielle de la Bourse de Paris
  • 1826 : Inauguration du Palais Brongniart
  • Émotion : Disparition de la Corbeille
  • Création du Matif et du Monep
  • Création des OPCVM
  • La France, Championne des OPCVM

2 – Autour de la Bourse, de la Spéculation et de la Monnaie

•   La Folie de la Tulipomania au XVII Siècle

•   La Naissance Laborieuse du Premier Fond Indiciel

•   L’épopée de John LAW

•   La petite Histoire du PAPIER MONNAIE

1  Petite Histoire de la Bourse Française

Les embryons des marchés boursiers apparaissent dans l’antiquité gréco-romaine. Beaucoup d’épargnants furent sollicités pour financer les grands travaux de l’Empire romain. Le « Collegia Mercatorum » était un marché ou s’échangeaient les effets de commerce et les devises et dont Juvénal disait déjà « jamais la multitude des vices n’a été plus grande. « Vit-on jamais la fureur du jeu envahir à ce point les âmes ».
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Les Origines du Mot « Bourse »

C’est à Bruges au XIVème siècle qu’il faut aller pour découvrir l’étymologie du mot « bourse ». Le seigneur Van der Buerse avait fait bâtir un hôtel orné de l’écusson de ses armes représentant trois bourses pleine d’or où se réunissaient régulièrement les marchands et banquiers qui disaient se rendre « aux bourses ».

Notons que cette version, donnée par plusieurs auteurs, est contestée par certains. Vraie ou pas, elle est tellement savoureuse que nous avons décidé de la maintenir !

Pour revenir à la France, c’est en 1572 qu’un édit du roi Charles IX va fixer la réglementation s’appliquant aux « couratiers », ancêtres des courtiers actuels et à qui est fait obligation de séparer la gestion de leurs affaires personnelles de celle de leur clientèle.

A l’avenir seuls « les agents de change » pourront négocier les effets de change.

C’est à Lyon, en 1595, que s’installe une bourse très importante, dont l’activité principale fut l’escompte et l’échange d’effets de commerce. La complexité de ces opérations étaient accrue du fait que tous les seigneurs (ducs, comtes, princes, roi…..) avaient pour l’habitude de battre monnaie, ce qui obligeait à pratiquer des opérations de change.

A Paris, le Pont-aux-Changes permet de convertir les monnaies depuis le XIIème siècle. Mais c’est en 1639 qu’un arrêt du conseil du Roi vient définir le rôle des « Agents de change » qui, seuls, peuvent réaliser des opérations de banque et de change et qui sont réunis au sein de la Compagnie des Agents de Change.

 L’affaire de la Compagnie d’Occident

La date de 1719 est importante puisque c’est l’année que choisit un riche Ecossais du nom de John Law (prononcer Lasse) pour s’installer rue Quincampoix, afin d’y développer ses activités bancaires et financières.

Il parvient à créer autour de sa société, la « Compagnie d’Occident », un très fort courant de spéculation.

Une véritable frénésie s’empare des prêteurs, emprunteurs, escompteurs et autres spéculateurs. Pendant cette période de folie, le cours de l’action passa en 5 mois de 71 €  à 260 €  (en décembre 1719).

On rapporte qu’un bossu gagne 150 000 livres à prêter son dos comme pupitre ! Les rumeurs allaient bon train sur les bénéfices incroyables qui pouvaient être réalisés dans l’opération de colonisaton de l’état américain du Mississipi.

Alors que l’activité de la société « Compagnie d’Occident » était quasiment nulle !

La Banqueroute de LAW

En fait la Compagnie d’Occident ne vendait rien d’autre que des idées ! des belles histoires !

Et puis arriva ce qui devait arriver : la « bulle spéculative » creva et ce fut la banqueroute du banquier écossais et la ruine de nombreux épargnants.« 

Voir dans la deuxième partie un « Gros Plan » sur John LAW

Conséquence heureuse, le roi proclame le 11 juin 1720 qu’un certain nombre de sociétés étaient des « nuisances publiques » et, en conséquence, interdisait la vente de leurs actions. Il interdisait également certaines activités trompeuses (par exemple : « extraction d’argent à partir du plomb » !).

Toujours par réaction contre ces malencontreux abus et afin de remettre de l’ordre dans la profession, un arrêt du Conseil du Roi en date du 24 septembre 1724 crée officiellement la Bourse de Paris.`

1724 : Création Officielle de la Bourse de Paris

Les agents de change auront le monopole des négociations. La bourse sera installée rue Vivienne et ouvrira de 10 h à 13 h sauf dimanches et jours de fête. Les femmes n’ont pas le droit de pénétrer à la bourse (cette interdiction ne sera levée qu’en 1967…).

En 1807, la bourse s’installe au Palais Royal et un concours est lancé pour que l’Empereur puisse dôter Paris d’une bourse reflétant la grandeur de l’Empire.

C’est le projet de Brongniart qui s’inspire du temple de Vespasien, qui est retenu avec ses 64 colonnes ! (en 1907 on en rajoutera même 18….).

« Monsieur BRONGNIART, voilà de belles lignes ! À l’exécution ! Mettez les ouvriers ! C’est en ces termes que l’Empereur NAPOLEON confia a l’architecte parisien la mission de construire la Bourse.

L’œuvre de Brongniart sera achevée en 1826 (après sa mort) et inaugurée le 29 novembre 1826 par le Préfet de la Seine.

Alexandre-Théodore BRONGNIART décèdera le 6 Juin 1813. Le cortège funèbre rendra hommage au grand architecte en faisant un détour par le chantier de la Bourse avant de reprendre le chemin du Père-Lachaise. C’est l’architecte Eloi LABARRE qui aura charge de continuer la construction de la Bourse.

1826 : Inauguration du Palais Brongniart

En 1826, à l’ouverture du Palais Brongniart, seuls 26 titres sont cotés. Il y avait déjà, en 1900, 800 titres français cotés (ainsi que 400 titres étrangers).

Une loi de 1867 va permettre la libre constitution de sociétés anonymes et une loi de 1885 autorise les opérations à terme.

Depuis 1826, et jusqu’en 1987, c’est la cotation à la criée qui est la règle. La frénésie qui régnait dès le coup de cloche de 12h30 a été immortalisée par Zola dans « l’Argent ».

« J’ai de l’Universelle… J’ai de l’Universelle. A 3030, je prends l’Universelle, envoyez l’Universelle ».

Si les « j’ai » dominent, le côteur baissera les prix proposés, jusqu’à parvenir à un point d’équilibre autorisant le maximum de transactions.

Émotion : La Disparition de la Corbeille

C’est le 10 juillet 1987 qu’ont disparu la corbeille symbolique et son velours rouge…. ainsi que le sable où les agents de changes avaient l’habitude de jeter leurs cigares.

 La cotation en continu (de 10h à  17h) par ordinateur est venue remplacer la cotation à la criée. Tous les ordres sont acheminés sur un ordinateur central. Les ordres sont horodatés et exécutés selon leur rang d’entrée. Les sociétés de bourse disposent toutes d’un accès direct, via des terminaux installés dans leurs locaux qui leur permettent de transmettre leurs ordres.

 1992 : Les Agents de Change Perdent leur Monopole

En janvier 1988, les agents de change deviennent sociétés de Bourse et en Janvier 1992, les sociétés de bourse perdent leur monopole de négociation que les agents de change détenaient d’une façon quasi ininterrompue depuis 1724.

Autre événement important, surtout pour les spécialistes, la création des marchés a terme : en 1986, le MATIF, en 1987, le MONEP.

Création du Matif et du Monep

Le MONEP (Marché des Options Négociables de Paris) et le MATIF (Marché à Terme International de France) permettent aussi bien des opérations de couvertures que des opérations de spéculation, avec un fort effet de levier.

Au cas où vous souhaiteriez découvrir les mécanismes exacts de ces marchés et apprendre à quoi correspondent des stratégies aux noms étranges comme « Short Butterfly », « Long Straddle » ou encore « Put Ratio Backspread », nous vous conseillons les ouvrages suivants :

Le guide pratique du MONEP – Eric PICHET – SEFI

Le guide pratique du MATIF – Eric PICHET – SEFI

Gestion indicielle – Didier VITRAC – SEFI

Mais comment terminer cette « Petite Histoire de la Bourse », sans dire un mot de la véritable révolution qu’a apporté aux épargnants l’avènement des placements boursiers à gesion collective et notamment les SICAV et FCP.

Certes nous, Français, fûmes loin d’être les premiers chronologiquement ! Quand on pense qu’un fonds comme Robeco fut créé dès 1933…. Les « Mutual Funds » américains naquirent, quant à eux, en 1940.

 Evènement Majeur : La Création des Opcvm

En France, non seulement la loi créant les SICAV (Société d’Investissement à Capital Variable) ne fut votée qu’en 1957, mais, de surcroît, il fallut attendre pas moins de 7 ans les décrets d’application (J.O. du 20 septembre 1963).

Pour les FCP (Fonds Communs de Placement), ce fut pire encore. Le décret date de 1957, l’arrêté d’application n’est publié qu’en 1967, mais il faudra attendre 1979 pour voir l’arrivée des premiers FCP ouverts au public !

Pour revenir aux SICAV, leur vrai développement date de 1978, grâce à la décision de René Monory de détaxer le revenu investi en actions françaises. Les épargnants se ruèrent sur les « SICAV Monory ».

L’histoire de l’énorme développement que devaient connaître ces OPCVM (Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières) ne faisait que débuter.

 En 1981, les SICAV court terme commencent leur remarquable ascension. A cette époque bénie pour les épargnants, elles rapportaient beaucoup plus qu’aujourd’hui.

Par prudence, le législateur avait imposé un minimum de 30% d’obligations dans le portefeuille des SICAV. Cette « obligation de l’obligation » disparaîtra le 1er octobre 1989, permettant ainsi la naissance de SICAV à 100% actions.

La  France : Championne des OPCVM

C’est vrai que nous sommes partis tard dans la course au développement des OPCVM. Mais COCORICO ! nous nous sommes bien rattrapés, puisque la France est aujourd’hui, le leader européen incontesté en matière d’ OPCVM.

2 –  Autour de la Bourse, de la Spéculation et de la Monnaie

Cette deuxième partie du développement se propose d’aborder différents points qui ne sont pas pas toujours directement liés a la Bourse mais qui donnent un éclairage complémentaire qui, je l’espère, sera de nature a retenir votre intérêt.

La Folie de la TULIPOMANIA au XVIIe Siècle

La tulipomania est un des meilleurs exemples d’excès spéculatifs et d’irrationalité des investisseurs.

On raconte que c’est le collectionneur de fleurs Allemand, Councillor HERWART qui, le premier, fit venir ces fleurs de Constantinople. Il les fit découvrir peu à peu tant aux Allemands qu’aux Hollandais qui en devinrent très friands. À partir de 1634 la haute société Hollandaise considérait comme un « must » »  absolu d’avoir une collection de tulipe.

Certaines de ces tulipes étaient victimes d’un virus dénommé mosaïque qui avait pour conséquence heureuse de dessiner sur les pétales de ces fleurs de ravissantes bandes multicolores appelées « flamme » (ou « breaking »). Ces bulbes infectés s’appelaient des « bizarres » et étaient les plus recherchés. Plus le prix des bulbes montait, plus les tulipes apparaissaient comme un excellent investissement. Les Hollandais, toutes professions confondues ne pensaient plus qu’à boursicoter ! Les « options d’achats » sur bulbe de tulipe qui furent créés permettaient un fort effet de levier puisque le déposit n’était que de 10 à 20%. Le grand public commença à vendre d’autres actifs afin de pouvoir rentrer dans le marché des tulipes, les capitaux étrangers commencèrent également à affluer, les prix continuaient leur ascension.

On raconte qu’un seul bulbe de tulipe de variété rare SEMPER AUGUSTUS fut vendu 4 600 florins, une nouvelle diligence ainsi que deux juments avec leur harnais, un autre bulbe de la variété VICEROY fut vendu pour le prix de vingt-quatre chargements de grains, huit porcs, quatre vaches et quelques tonnes de beurre ! Un brasseur d’Utretcht échangera sa brasserie contre 3 bulbes de valeur. On raconte même l’histoire d’un infortuné marin qui croqua ce qu’il pensait être un simple oignon sans se douter qu’il venait d’avaler un bulbe de SEMPER AUGUSTUS. Ce qui lui valu un long emprisonnement.

En janvier 1637 les bulbes avaient atteint de tels prix astronomiques que les plus prudents commencèrent à revendre vite suivis par d’autre de plus en plus nombreux alors que le doute et l’inquiétude s’installaient.

Il en résulta un véritable vent de panique et les prix s’effondrèrent.

Ceux qui avaient acheté en mettant leurs biens en gage pour obtenir un crédit (le levier) perdirent toute leur fortune.

« Des marchands opulents furent réduits à une quasi-mendicité, et plus d’un représentant d’une noble liguée vit les destinées de sa maison irrémédiablement ruinée » écrit MACKAY. Le gouvernement déclara officiellement qu’il n’y avait aucune raison pour que les cours des bulbes de tulipe s’effondrant mais cela ne changeât rien. Les prix tombèrent jusqu’à un niveau proche de zéro. Les faillites se succédèrent en chaîne et le pays connu une dépression dont il ne se remit pas avant de nombreuses années.

Nous laisserons la conclusion à GALBRAITH pour terminer sur un optimisme poétique :

« Il y eu un seul adoucissement : la culture de la tulipe se poursuit en Hollande, et de vastes marchés s’ouvrirent finalement pour les fleurs et les bulbes. Celui qui a vu au printemps les champs de tulipes de ce pays calme et plaisant gardera toujours le sentiment que la tulipomania anticipait réellement la vraie grâce de la nature ».

Peut-être pensez vous qu’une telle histoire ne pouvait être possible qu’au XVIIe siècle.

Détrompez vous ! Une histoire semblable s’est produite en 1985 en Chine. La vedette s’appelait cette fois-ci Jun Zi Lan (Lycoris Radiata). Importée d’Afrique vers 1930, cette fleur fut d’abord l’apanage exclusif de la famille royale. Peu à peu le privilège de sa possession s’étendit aux grandes familles de la ville de Changchun. La renommée de cette fleur gagna le nord du pays, la demande augmentant les cours se mirent à grimper.

Le phénomène de la tulipomania se reproduisit : les cours passèrent d’une valeur de 200 en 1980 pour atteindre jusqu’à 400 000  en 1985 !

Puis vinrent les premières ventes, l’inquiétude d’abord et enfin la panique avec l’effondrement des prix qui passèrent de 100 à 1 !

 La Naissance Laborieuse du Premier Fond Indiciel (1971)

Burton MALKIEL en 1973 dans un livre intitulé « A RANDOM WALK DOWN WALL STREET » affirmait :

« Un chimpanzé aveugle lançant des fléchettes sur le Wall Street Journal pourrait sélectionner un portefeuille dont les performances seraient aussi bonnes que celui proposé par des experts » !

Le marché étant imprévisible, il est totalement impossible à un gérant de battre le marché sur le long terme. Conclusion ? Investissez dans les fonds indiciels et conservez !

Cette affirmation du célèbre professeur d’économie de l’université de Princeton provoqua, on s’en doute, un tollé chez tous les analystes financiers dont la coûteuse inutilité était ainsi soulignée avec force…

On aurait pu imaginer que, 30 ans après le fougueux professeur se serait assagi.

Hélas ! pour les gestionnaires, MALKIEL persiste et signe dans la récente édition de son ouvrage paru aux éditions PFI (Brillamment traduit en Français par Eric PICHET) « Avec le recul de ces trente ans, je suis de plus en plus convaincu de la validité de ma thèse première et les preuves pour l’étayer ne manquent pas ».

« Les investisseurs feraient mieux, et de loin, de se contenter d’acheter et de conserver un fond indiciel plutôt que de tenter d’acheter et de vendre, eux-mêmes, des valeurs mobilières ou d’investir dans des fonds gérés activement par des professionnels ».

 L’histoire de Mc QUOWN et la banque Wells Fargo (1964 – 1976)

La banque Wells Fargo (celle des pionniers du Far West), crée en 1852, à l’époque de la ruée vers l’or et dont le logo représente une diligence, bien que pétrie de tradition, s’est révélée ouverte aux innovations, en matière de gestion boursière.

Mc QUOWIS, ingénieur de formation, travaillait avec acharnement, depuis 1962, sur un modèle informatique qui était supposé distinguer les actions bon marché et les actions chères. Il était parvenu à louer pour 300$ le plus gros ordinateur commercial de l’époque (IBM 7090).

Cela vint aux oreilles du président de la banque Wells Fargo qui prit contact en 1964 avec Mc QUOWN. Il lui demanda :

« Pouvez-vous réellement gérer de l’argent avec ce truc ? » Non seulement Mc QUOWIS en était convaincu, mais il insista sur l’inefficacité de toutes les autres méthodes de gestion de portefeuille.

Mc QUOWN fut recruté cette même année par la banque Wells Fargo pour travailler sur le projet « prise de décisions d’investissement » dont l’ambition était d’amener Wells Fargo à la pointe de la gestion de portefeuille.

COOK alloua à Mc QUOWN un budget d’un million de dollars par an pour ses recherches. Nombreux sont les grands universitaires qui furent appelés à apporter leur collaboration à ce projet : FISHER, FAMA, LORIE, BLACK et SHOLES furent parmi ceux là. Mais également, à titre ponctuel : JENSEN, MARKOWITZ, MILLER, SHARPE et TREYNOR.

La gestion active sur ces nouvelles bases modernes et scientifiques sonneraient le glas des soi-disant grands gestionnaires qu’on se plaisait à railler : « lorsqu’ils affirment pouvoir battre le marché année après année avec une marge incroyablement élevée, ils pourraient aussi bien affirmer être capable de marcher sur l’eau ».

Des progrès furent faits, dans le domaine de l’application des idées nouvelles mais malheureusement, il faut reconnaître qu’aucun résultat véritablement déterminant ne fut enregistré malgré les budgets importants, les ordinateurs géants et les équipes d’universitaires savants. Wells Fargo n’avait pas réussi à appliquer avec succès la théorie de la gestion active. Dans les années 1970, Wells Fargo du abandonner ce type de recherche et se tourna, fort judicieusement, vers la gestion indicielle.

C’est ainsi qu’est né le premier fond indiciel en 1971. Il s’agissait de 6 millions de dollars pour le compte du fond de retraite Samsonite. L’idée était de répliquer le marché en investissant dans chacune des 1500 actions cotées au New York Stock Exchange. En 1973 Wells Fargo créa un nouveau fond indiciel conçu de manière à répliquer l’indice standard and Poor’s 500.

Au début, on se moqua de cette gestion indicielle pour son manque d’ambition puisqu’elle ne se proposait « que » de faire jeu égal avec l’indice au lieu de le battre. Mais peu à peu les analyses et les enquêtes se multiplièrent faisant ressortir le fait qu’obtenir des performances aussi bonne que l’indice voulait dire obtenir des performances bien supérieures à celles qu’obtenaient la grande majorité des professionnels.

Le succès de la Wells Fargo dans la gestion et la vente de fonds indiciels ne se démentit jamais. Curieuse ironie du sort quand on se rappelle que tous les efforts de cette banque avaient, au contraire, été dirigés vers l’amélioration de la gestion active (dont elle s’est totalement désengagée à la fin des années 1970).

Bibliographie :

– « Des Idées Capitales » de Peter L. BERNSTEIN paru chez PUF

– « Le Guide de l’Investisseur » de BURTON G.MALKIEL paru chez PFI

 GROS PLAN SUR L’ÉPOPÉE DE JOHN LAW

C’est un écossais, fils d’un orfèvre d’Edimbourg, qui vit à Londres. C’est un joueur et un homme à femmes. Il tue un homme en duel, est condamné à mort et parvient à s’enfuir d’Angleterre. Il se réfugie d’abord à Amsterdam où il étudie les rouages de la banque d’Amsterdam et observe le fonctionnement de la Compagnie des Indes Néerlandaises. Le voilà ensuite à Gênes ou la banque St-Georges lui offre matière à enseignement, puis, c’est Venise avec la banque du Rialto. Il continue également à jouer et à gagner. On le retrouve à Paris en 1708 ou il parvient à gagner les faveurs du Duc d’Orléans (futur Régent). Le lieutenant de police d’Argenson le jette hors de la Capitale, persuadé que c’est par la tricherie qu’il a réussi à gagner de l’argent en jouant avec quelques grands seigneurs.

Il apprend en 1715, la mort du vieux roi Louis XIV et se précipite  Paris chez le Régent à qui il propose des solutions pour lutter contre la grande détresse des finances publiques.

Son plan est simple : puisqu’on manque d’argent, on va en fabriquer !

Comme l’indique René SEDILLOT « Law est éloquent, le Régent est ébloui ».

Par une lettre patente du 2 mai 1716, Law se voit autorisé à fonder sa banque, la « Banque Générale ». Il émet des billets stipulant que le remboursement s’effectuera en espèces du poids et titre du jour de l’émission. L’effet est magique, comme nous l’indique Alfred Colling (Banque et Banquiers – PLON).

Quelques temps après, un arrêt du Conseil d’Etat ordonne que les billets soient pris pour argent comptant. Puis, en décembre 1718, le régent déclare la banque de Law « Banque Royale ».

La puissance de Law devient énorme. Il émet une quantité très importante de billets. Parallèlement à la banque, il développe la Compagnie du Mississipi qui reçoit la pleine propriété de la Louisiane et qui avait pour objectif d’exploiter et de transporter en France les grandes quantités d’or que le sous-sol de la Louisiane était supposé receler. La Compagnie du Mississipi (ou encore d’Occident ou des Indes) va, peu à peu, absorber toutes les autres compagnies qui commercent avec l’Outre-mer. Les actions qu’elle va émettre vont rencontrer un succès énorme et atteindre des cours fantastiques. Quant à la Banque Royale, elle imprimait des quantités énormes de billets pour alimenter et soutenir la spéculation.

Tout était fou ! Tout était artificiel !

En 1718 et 1719, comme nous le dit Alfred Collins : « il y eut alors un moment dont on ne peut nié qu’il fut d’une étrange et suprême beauté ». La France toute entière paraissait comblée de richesses. Le luxe s’épanouissait. Les carrosses surgissaient littéralement du pavé. Les mains se couvraient de diamants, les habits, de dentelles et de galons d’or… On criait Dieu garde le Roi et Monseigneur Law ».

Et puis,  peu à peu, les choses s’inversèrent. Les gens se prirent à douter. Au début de 1720, le Prince de Conti se présenta dans la cour de la Compagnie des Indes avec quatre charrettes chargées d’actions qu’il échangea contre 14 millions en or. Le lendemain ce fut le Prince de Bourbon qui repartit avec 25 millions d’or. Law essaie de prendre quelques mesures pour endiguer le processus mais en vain, il est trop tard. Le public suit les princes pour tenter de se faire rembourser, le Régent abandonne Law. Ce dernier a tout juste le temps de s’enfuir en Belgique. Il mourra à Venise, 10 ans plus tard.

L’épopée de Law aura marqué les Français qui se souviendront longtemps de la dangereuse magie de la rue Quincampoix. Pendant plusieurs décennies, ils seront, par contre, devenus totalement allergiques aux banques, à leurs opérations ainsi, on s’en doute, qu’aux billets. Mais l’aventure de Law n’a pas que des aspects négatifs.

Comme l’écrit René SEDILLOT : « A l’actif de l’aventure, il faut cependant porter la relance durable de l’économie : mise en valeur des colonies, renaissance de la marine, essor du commerce, disparition du chômage, envol industriel, allégement de la dette publique. Il faut surtout retenir cette idée que la monnaie métallique ne suffit plus aux besoins d’une nation en expansion et que le papier, en accroissant la masse monétaire, peut être un stimulant efficace ».

GALBRAITH ajoute que « John Law a montré que le miracle de la création de la monnaie par une banque pouvait stimuler l’industrie et le commerce… Mais Law avait aussi montré qu’arrivait inéluctablement un jour, jour terrible, ou il fallait faire les comptes.

Tel est, sous sa forme la plus condensée, le problème qui allait occuper l’esprit des génies de la finance pendant les deux siècles suivants : comment obtenir le premier résultat sans le second, le miracle sans la catastrophe ?».

Il faudra attendre la révolution, en 1789, pour voir revenir du papier-monnaie sous forme « d’assignats ». Afin de leur donner une valeur aux yeux du public, ils furent hypothéqués sur les terres saisies au clergé ainsi que sur les biens de la couronne et autres biens domaniaux.

Les émissions de billets se succèdent à un rythme excessif.

Bien évidemment s’en suit une inflation qui devient rapidement insoutenable jusqu’à ce que, le 30 pluviôse de l’an IV (19 février 1796), place Vendôme, soient solennellement brûlées 890 millions d’assignats ainsi que les planches à billet. La monnaie papier est discréditée une fois de plus pour cause d’inflation. C’est à Bonaparte qu’il appartiendra de reprendre en main les finances avec, notamment, la création de la Banque de France en janvier 1800.

Bibliographie

Histoire du Franc – René SÉDILLOT (SIREY)

L’Argent – John Kenneth GALBRAITH  (GALLIMARD)

Banques et banquiers – Alfred COLLING (PLON)

Les Découvreurs – Daniel BOORSTIN (Robert LAFFONT)

 La petite Histoire du PAPIER MONNAIE

Notre histoire commence en CHINE.

C’est en Chine en l’an 105 que fut inventé le papier grâce à un ministre nommé Tsaï-Lun qui était à la recherche d’un support moins cher que la soie.

Le papier fut d’abord obtenu à partir de déchets de soie puis de fibres broyées de bambou ou de mûrier.

 C’est au XIIe siècle que les secrets de cette invention gagnèrent l’Espagne (la première manufacture s’établira à Javita en 1154) et les autres pays d’Europe. La pâte fut faite non plus à partir de bambou mais de vieux chiffons de lin ou de coton et le parchemin fut détrôné.

Revenons en Chine ou, en 650, les Chinois, déjà inventeurs du papier, devinrent les initiateurs de la monnaie papier. Les billets s’appelaient « Ta-t’ang pang-hing pao-tch’ao » (billets de valeurs émis pour la circulation générale par les grands T’ang).

Ce moyen de paiement devait provoquer la stupeur de Marco Polo lors de son voyage en chine en 1255 : « Le Khan en fait une si grande quantité qu’il pourrait s’offrir tous les trésors du Monde. Nul n’ose les refuser sous peine de risquer la mort. Et je vous dis que chacun accepte volontiers ces billets,  parce que partout ou les gens se rendent sur la terre du Grand Khan, ils peuvent acheter et payer absolument tout, comme si c’était de l’or fin. Lorsque toutes ces feuilles ont tant circulé qu’elles sont déchirées ou usées, alors on les porte à la monnaie, ou elles sont échangées contre des billets neufs moyennant 3% au Trésor ».

En rapportant à Venise ses observations émerveillées, Marco Polo ne faisait aucune mention des risques de dépréciation et d’inflation que peut engendrer le papier monnaie.

Un historien chinois de l’époque, Ma Tuan-Lin, en décrit les conséquences désastreuses :

« Après les années d’effort pour soutenir et défendre ces billets, le peuple perdit confiance en eux, au point d’en avoir vraiment peur. Le prix des denrées augmentait tandis que la valeur de la monnaie de papier chutait de plus en plus. Déjà découragés, les gens perdaient toute énergie. Soldats et fonctionnaires vivaient dans la crainte de ne pas avoir suffisamment de moyens pour subvenir à leurs besoins élémentaires ».

Lorsque le premier empereur de la dynastie Ming (1638-1644) monta sur le trône, il réduisit la quantité de papier en circulation et réussit à stabiliser la monnaie. Comme nous l’indique Daniel BOORSTIN (“Les Découvreurs” Robert Laffont).

Saluons l’Esprit Créatif Français

Mais qu’en est-il en France ? Comme nous l’indique René SÉDILLOT (Histoire du Franc – Editions Sirey).

C’est à un heureux hasard que nous devons la création du papier monnaie qui vit le jour en juin 1685 en Nouvelle France (futur Canada).

Jacques de Meulles, intendant de justice, police et finance « au Canada, Acadie, Ile de Terre-Neuve et autre pays de la France Septentrionale » attend, avec grande impatience un navire, en provenance de métropole, qui doit lui apporter les espèces nécessaires à la solde des militaires et à l’achat des fourrures. Hélas !

Le temps passe et le navire n’arrive toujours pas. Que faire ? Dans un premier temps, le Sieur de Meulles puise dans son coffre et se fait aider de ses amis mais, toujours point de vaisseau en vue. Aurait-il sombré en mer ?

Poussé par la nécessité Jacques de Meulles a alors une idée fort ingénieuse. Il dispose d’un important stock de jeux de cartes dont le dos est vierge. Il les fait couper en 4 et applique sur chaque bout de carton un cachet de cire orné d’une fleur de lis couronnée et revêtu de sa signature ainsi que celle du commis et du trésorier. Il y avait trois sortes de billets : l’un de 4 francs, l’autre de 40 sols et le dernier de 15 sols. C’est le 8 juin 1685 qu’il lance ces billets-cartons qui feront merveille et qui seront remboursés à partir du 5 septembre, après l’arrivée, tant attendue, du Navire et de sa précieuse cargaison.

Pensez-vous que le Sieur de Meulles fut félicité pour son trait de génie ? Tout au contraire, il devait recevoir, en date du  20 mai 1686, une missive lui indiquant que sa Majesté « a fort désapprouvé l’expédient dont il s’est servi de donner cours à des billets de cartes, au lieu d’argent, cela étant entièrement dangereux, rien n’étant plus facile à contrefaire que cette sorte de monnaie ».

 Quand à nous, soyons heureux de cette riche initiative qui non seulement devait ouvrir les portes d’un procédé qui a largement fait ses preuves mais qui, de surcroît, permit de prendre de vitesse les Américains (quoi que puisse en penser John Kennett Galbraith).

Les Américains nous suivirent de peu

On peut en effet lire dans son ouvrage (L’Argent – Gallimard) « La première émission de monnaie-papier fut le fait de la colonie du Massachussets  et eut lieu en 1690 ». Cocorico ! Il était bon de procéder à cette rectification chronologique de paternité.

En 1690 donc, un certain Sir William Phips lança une expédition d’irréguliers du Massachussets à l’assaut d’une forteresse du Québec. Le butin de la forteresse devait servir à payer l’expédition. Hélas, nos héros furent vaincus ! Point de butin pour payer les soldats. Ils durent se contenter de billets permettant, à terme, un paiement en monnaie métallique.

Le système de règlement en monnaie-papier fut utilisé plusieurs fois par la suite. S. Morison devait dire de cette innovation qu’elle « mina le crédit et entraîna  un surcroît de pauvreté ».

 Toujours est-il que ces expériences faites aux colonies furent désapprouvées par la métropole. En 1751 le parlement interdisait toute nouvelle émission de papier-monnaie.

Toutefois, à partir de 1775, le congrès américain devait autoriser plusieurs émissions de billets. Les différents états émirent également des billets. Le fort surnombre de ces billets entraîna une montée des prix à partir de 1777. A l’inflation succéda l’hyperinflation. On disait à l’époque « une charretée d’argent ne suffit pas à acheter une charretée de provisions » ou encore « ça ne vaut même pas un billet de congrès ! » (not worth a Continental).

 Encore une fois, des billets émis en trop grand nombre avaient entraîné une importante inflation.
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